27 Mars 2013
C’est une révolte ? Non sir, c’est une Révolution !
Il s’agit d’un témoignage d’une grande lucidité d’un proche collaborateur de Louis XVI, durant les évènements de 1789. Réponse laconique mais percutante. Tout est dit. Tout y est. C’est la synthèse parfaite. Ce couplet de question-réponse, bien qu’ayant plus de 200 ans est toujours d’actualité. Il témoigne de la vulnérabilité des institutions humaines, même des plus établies. Aucune institution humaine n’est permanente. Telle est la leçon qu’il faut retenir de ce dialogue. Les hommes font et défont les sociétés qu’ils ont créées.
Premier article d’une longue série, celui-ci entend donner le ton et imposer un rythme au blog. Articles de fond ou billet d’humeur, seul le lecteur pourra en juger. Ma méthode est simple. Je croise et multiplie les sources pour donner une grille de lecture de l’actualité.
Dix mois après son investiture sur le fauteuil de Président, François Hollande n’a pas rétabli le cap promis, ni même redresser la barre du navire France. Ses voiles sont trouées, son mat brinquebalant et sa coque parsemée de voies d’eau. Son équipage s’agite à bord. Quelques uns se sont jetés à la mer en espérant trouver une terre plus sure, d’autre reste pour écoper sans pour autant croire aux promesses de lendemain qui chante du capitaine. Droit dans ses bottes, confiant dans sa boussole en bois et dans ses cartes obsolètes, le capitaine continue dans la trajectoire qu’il s’est fixé. Ses proches lieutenants, conscients de l’agitation et du pessimisme ambiant proposent, en attendant la fin de la tempête, de repeindre le navire et d’organiser un immense feu de camps sur le ponton.
Voici dépeinte de manière métaphorique la situation de notre gouvernement.
Une défiance des Français envers la classe politique et médiatique.
Un sondage, intitulé « France 2013 : les nouvelles ruptures[1] », datant de janvier dernier, réalisé conjointement par l’institut de sondage Ipsos, le Centre d’étude politique de Science Po (cévipof) et la fondation Jean Jaurès, montre que le fossé entre le peuple et son élite s’élargit et menace désormais la cohésion du pays.
Les résultats de ce sondage sont saisissants. Pouvoir politique et médias en prennent pour leur grade. Les français souhaitent davantage d’autorité en politique, n’accordent plus aucun crédit à leur représentants comme au Médias et rejettent en masse l’Europe.
Voici quelques résultats tirés du sondage. Une forte majorité des Français (65%) pensent qu’il faut « renforcer les pouvoirs de décision de notre pays, même si cela doit conduire à limiter ceux de l’Europe ». 61% des interrogés estiment que la mondialisation est une menace pour la France. Le système démocratique est sévèrement vilipendé. 72 % des sondés estiment que le système démocratique fonctionnent plutôt mal. Une grande majorité (62%) pense que les hommes et femmes politique sont corrompus et 82% pensent qu’ils agissent principalement pour leurs intérêts personnels.
Le monde médiatique est également épinglé. 58% des sondés ont une mauvaise opinion de la presse et des grands médias. 72% pensent que les journalistes sont « coupés des réalités et ne parlent pas des vrais problèmes des français ». 73% des interrogés estiment que les journalistes ne sont pas indépendants et « ont tendance à céder aux pressions du pouvoir politique ».
Ce sondage met en évidence le hiatus entre le discours répété des Politiques, journalistes et autres experts et l’attentes des Français en général. Ce sondage aurait dû inciter nos responsables à une profonde remise en cause de leurs conceptions et de leur valeur. Au contraire, rien n’a changé. Ils persistent dans le déni de réalité.
Une explosion du chômage.
L’explosion du chômage est un fait incontestable. Le baromètre PRISE[1] indique une baisse de 16,2% de l’emploi d’intérim de janvier 2012 à janvier 2013. Le BTP et l’industrie sont les secteurs les plus touchés avec des baisses de 23% pour le premier et de 19,1 pour le second. Le secteur des services n’est pas épargné, il enregistre une baisse de 13%.
Autre enseignement, toutes les catégories d’emplois sont concernés :
-11,9 pour les employés
-16,1 pour les ouvriers non-qualifiés
-17,9 pour les ouvriers qualifiés
-16,5 pour les cadres et professions intermédiaires.
Voilà qui vient battre en brèche, l’idée selon laquelle le chômage frapperait principalement les ouvriers les moins qualifiés et traduirait un défaut de qualification lié au système de formation et d’enseignement.
[1] PRISE, Professionnels de l’intérim, service et métier de l’emploi.
Organisme qui recense l’activité de l’emploi d’intérim
Une baisse de popularité de l’Exécutif et ses conséquences politiques.
Les récents sondages[1] mettent en lumière un effondrement de la popularité de François Hollande. L’Ipsos note une baisse de 5 points depuis février dernier, passant de 36% d’opinion favorable à 31 %.
68% des personnes interrogées, contre 62% en février se déclarent aujourd’hui se déclarent mécontentes du Président de la République. Parmi ces 68%, 30% sont très mécontentes et 38% plutôt mécontentes. Dans les 31% d’opinion favorable, 3% des personnes interrogées sont très satisfaites et 28% plutôt satisfaites. C’est la côte de popularité la plus basse enregistrée par un Président de la république dix mois après sa prise de fonction depuis Charles de Gaulle. Plus qu’un décrochage conjoncturel, c’est une désaffection massive des Français pour leur Président.
Nul n’est besoin d’être un grand scientifique ni même prophète pour comprendre que la situation se dégrade de jours en jours. Les chiffres récents du chômage[2] montrent un pays qui s’enfonce progressivement dans la récession. La confiance des électeurs envers leur représentant est au plus bas. Les implications politiques de cette trajectoire économique doivent donc être étudiées avec la plus grande attention.
L’année 2014 sera une année à élection. Nous aurons en mars 2014, les élections municipales. Dans ce type d’élection, le facteur « local » joue traditionnellement une grande importance. Si le pays poursuit sa chute, il n’est pas improbable qu’elles prennent l’allure d’un test national. En juin 2014, se dérouleront les élections Européennes. Elles prendront (comme à chaque scrutin européen) une dimension nationale. Fatigués des promesses non tenues, ayant expérimenté les solutions politiques de Droite comme de Gauche et compte tenu du taux d’abstention élevé (comme à chaque scrutin européen), les électeurs pourraient alors se tourner vers d’autres mouvements rejetant le cadre politique actuel. Avec un tel scénario, il est fort probable que les messages envoyés par les électeurs seront ignorés et bâillonnés par le pouvoir en place, les Etats-majors des partis politique et les grands médias. Tout sera mis en œuvre pour que les leçons des précédents scrutins ne soient pas entendues et nous continueront dans cette voie jusqu’à la présidentielle de 2017. Voici à grand trait le scénario que nos dirigeants politiques et médiatiques espèrent.
Or une autre hypothèse est probable compte tenu de la situation économique actuelle. L’impopularité du Gouvernement pourrait évoluer en perte de crédibilité (si tant est qu’il lui en reste) puis se muer en perte de légitimité. Cette crise de légitimité pourrait faire ressortir toutes les colères, déceptions et frustrations accumulées depuis plus de vingt ans. Les récentes manifestations des ouvriers de PSA-Aulnay et de Continental témoignent déjà de cette monté de la colère sociale dans le pays. Dès lors, le gouvernement aura plusieurs options devant lui :
-Tenir le cap et supporter la colère de son peuple. Dans ce cas de figure, 2 alternatives sont à envisager. La première, le gouvernement supporte le choc mais au prix d’une répression policière contre une violence légitime. Seconde alternative, le gouvernement est brisé puis balayé par cet affrontement, ouvrant la voie à une incertitude politique et institutionnelle.
-Dévier cette colère en dissolvant l’assemblée nationale et en organisant des élections législatives anticipées. C’est une méthode à double tranchant. Si l’assemblée nationale donne un nouveau cap au pays, l’alternance sera bénéfique. En revanche, si l’alternance n’est pas crédible, si ce n’est qu’un copier-coller du gouvernement précédent, les colères et les violences redoubleront d’intensité.
-Changer radicalement de politique (fin de l’Euro, dévaluation….) pour redonner un second souffle au pays.
Au vue des données actuelles, nous sommes loin de lendemain qui chante.
[1] http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/rapport_barometre_politique_ipsos_lepoint_11_mars_2013.pdf
[2] http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Communique-de-presse-MER198.pdf