21 Mai 2013
Publiée le 10/04/2013 LE REPUBLICAIN LORRAIN article de Laurence Schmitt
Augias environnement, à yutz, en sursis jusqu’au 21 mai
« Les PME payent pour l’incompétence de l’armée »
Chorus, le fameux système informatique de l’armée, ne crée pas des problèmes pour le seul paiement des soldes des militaires. Il mettrait également en péril de nombreuses PME. À Yutz, Augias Environnement en fait les frais.
Le 2 avril, j’étais en liquidation judiciaire. Le 3, on a fait appel et obtenu un sursis jusqu’au 21 mai. » Trois semaines de tout petit sursis pour Lionel Bieder et ses 150 salariés d’Augias environnement, à Yutz, afin d’obtenir de l’armée les retards et intérêts d’années de défaut de paiement.
Augias Environnement, c’était LA réussite des années 2000. Un patron charismatique, Lionel Bieder, un secteur, le nettoyage industriel, en plein développement… Créée à Yutz en 1998, la petite société a grandi vite, très vite, connu une croissance a deux chiffres, au point de s’associer avec le plus gros du marché français et monter une franchise en 2008. « Nous étions approchés par pleins de pays émergents, devions nous développer dans le nucléaire… » Mais tout s’est effondré. Ou plutôt non, tout s’est fissuré, petit à petit, presque sans prévenir. Des retards de paiements… du ministère de la Défense. C’est son nouveau logiciel de comptabilité, Chorus, qui est venu perturber la routine. On sait que pour de mêmes raisons informatiques, nombreux sont les militaires à percevoir leur solde avec énormément de retard… Là, ce sont des PME qui sont mises en péril. « En 2010, 81 % de mes prestations réservées à l’armée ont été payées en retard. L’année suivante, les choses ont empiré, le pourcentage est monté à 96 %. »
Des difficultés de trésorerie qui, selon Lionel Bieder, l’ont conduit dès 2009 en redressement judiciaire. De quatre cents salariés, la société passe à cent cinquante. De vingt-six franchises, il n’en reste plus que quatre. « Une fois que vous êtes en redressement judiciaire, vous êtes mort. Plus aucune franchise ne se signe. Ils ont pourri ma boîte. Et je ne suis pas seul. Des centaines de PME sont dans mon cas. Je peux vous dire que l’armée a détruit quinze fois plus d’emplois que Mittal ! »
Une blanchisserie rurale, qui travaille toujours pour le ministère de la Défense, semble confirmer. La patronne raconte, mais veut conserver l’anonymat. « En 2009, les délais de paiement se sont terriblement allongés. Et en 2010, je n’ai pas pu échapper au redressement judiciaire. Le tribunal de commerce a reconnu que c’était suite aux problèmes de paiement du ministère. » La PME tente bien de diversifier sa clientèle mais ne peut pas se passer de grosses commandes. « Nous sommes équipés pour traiter les grands comptes. De 80 %, notre chiffre d’affaires dépendant de l’armée est passé à 35 %. » La blanchisserie pensait échapper aux mauvais paiements grâce à la carte d’achat. « Un nouveau système monétique censé nous garantir le paiement dix jours après la prestation. Mais les banques ne veulent pas la délivrer. Mon chiffre d’affaires est dehors pendant six ou sept mois… Déjà qu’on marge peu… On vit une descente aux enfers. Beaucoup de chefs d’entreprise sont traumatisés et ne veulent pas en parler. » La patronne sait que les restructurations militaires, puis Chorus, sont venus tout désorganiser. Mais aujourd’hui, elle craint que ce ne soit devenu un mode opératoire par manque de budget.
« Comme par hasard , complète Lionel Bieder, les PME stratégiques sont payées. Les autres, nettoyage, blanchisserie, espaces verts… ne le sont pas. Et ce sont elles qui payent pour leur incompétence. »
Sauf que Lionel Bieder a le cuir dur. Il y a quinze jours, il était encore à Paris et s’entretenait avec deux généraux quatre étoiles. Le courrier, daté du 25 mars et envoyé par le ministère de la Défense, ne passe pas : « En dépit de la réalité de la faute de l’administration , est-il écrit, aucun mauvais vouloir caractérisé n’est établi […] L’Etat est connu pour être un payeur sûr à défaut d’être ponctuel. Le redressement judiciaire d’Augias ne pouvait, dès lors, dans les faits, résulter du seul retard de paiement du ministère. »
« Ils cherchent à gagner du temps pour me mener en liquidation judiciaire, » dénonce Lionel Bieder. La preuve ? « La directrice des affaires juridiques de la Défense en personne a appelé mon avocat pour négocier directement avec le liquidateur. Avec moi, ils ne veulent pas discuter. Manque de chance pour eux, je ne suis pas en liquidation… »
Hier soir, le service communication du centre des armées de Metz n’a pas donné suite à notre appel.
Laurence SCHMITT.